L'été 2026 est derrière nous, mais ses conséquences sur l'agriculture wallonne soulèvent une question essentielle : comment continuer à produire et à transformer notre alimentation dans des conditions climatiques qui changent ?
Dans un reportage consacré à cet été difficile, MaTélé met en lumière des réalités concrètes : stress thermique du bétail, manque de fourrage et rendements variables. Des difficultés qui touchent aussi les entreprises agroalimentaires, leurs approvisionnements et leurs coûts.
Ces constats rejoignent les réflexions menées par Wagralim, notamment dans sa roadmap du système alimentaire et sa contribution à la future feuille de route du DIS Nourrir.
Une conviction s'en dégage : face à des défis aussi imbriqués, il ne suffit plus d'additionner des solutions. Il faut innover ensemble, à l'échelle des chaînes de valeur.
Innover sans traiter chaque problème séparément
Prenons le stress thermique en élevage.
Une étude publiée en 2026 dans Biosystems Engineering montre que, dans les conditions étudiées, l'installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture d'une étable laitière a permis de réduire la température intérieure jusqu'à environ 2,3 °C durant les heures les plus chaudes.
Au-delà du chiffre, cet exemple illustre l'intérêt d'une approche collective.
Pourquoi ne pas faire davantage travailler ensemble éleveurs, spécialistes de l'énergie, équipementiers et entreprises agroalimentaires ? Adaptation thermique des bâtiments, photovoltaïque, ventilation ou complémentarités entre production énergétique agricole et besoins industriels : les pistes sont nombreuses.
Ces modèles doivent être étudiés avec les spécialistes concernés, mais ils illustrent bien l'innovation systémique : un même investissement peut parfois répondre à plusieurs vulnérabilités.
L'agroforesterie : aussi une question de modèle économique
Même réflexion pour les arbres, les haies et l'agroforesterie.
Le reportage évoque la nécessité de recréer de l'ombre dans certaines prairies. Ces pratiques peuvent aussi protéger les sols, améliorer la gestion de l'eau et favoriser la biodiversité.
Mais comment transformer une pratique agronomiquement intéressante en un modèle économiquement viable ? Qui investit ? Qui bénéficie des services rendus ? Comment rémunérer l'agriculteur pour les investissements et les risques qu'il assume ?
L'innovation est ici autant économique et organisationnelle que technique. Sans modèle viable, même les solutions les plus pertinentes risquent de rester marginales.
La résilience doit aussi entrer dans l'usine
L'adaptation ne s'arrête pas à la ferme.
Si le changement climatique accentue la variabilité des rendements, des périodes de récolte ou des caractéristiques des matières premières, les entreprises agroalimentaires devront elles aussi s'adapter.
Cela implique des outils industriels plus flexibles : procédés adaptables, meilleure maîtrise de l'eau et de l'énergie, capacité à travailler différentes matières premières ou à ajuster rapidement les paramètres de production.
À quoi servirait de rendre la production agricole plus adaptable si les outils de collecte, de stockage ou de transformation ne peuvent pas valoriser ces efforts ?
L'innovation industrielle doit donc également devenir un levier de résilience.
Diversifier les cultures, mais à quelles conditions ?
La diversification fait partie des réponses au changement climatique. Mais une nouvelle culture agronomiquement possible n'est pas nécessairement économiquement viable.
Les exploitations ont besoin de productions suffisamment rémunératrices pour investir et supporter les risques d'une transition.
Des cultures comme la pomme de terre ou la betterave jouent aujourd'hui un rôle important dans leur équilibre économique. Or elles subissent elles-mêmes de multiples pressions.
Le reportage souligne notamment les incertitudes sur la pomme de terre en 2026, avec des calibres hétérogènes susceptibles de compliquer la transformation et d'entraîner des surcoûts ou des déclassements.
Mais le climat n'est qu'une partie de l'équation. Prix de marché, coûts de l'énergie et des intrants, concurrence internationale ou aléas géopolitiques peuvent fragiliser une production pourtant performante techniquement.
La résilience ne se mesure donc pas uniquement en tonnes produites à l'hectare. Elle suppose aussi de sécuriser les débouchés et le revenu des producteurs.
Une nouvelle culture n'existe réellement que lorsqu'un marché existe
Le reportage évoque également le potentiel du blé dur, de la luzerne ou du tournesol dans un climat wallon qui évolue.
Mais comme le souligne le Centre wallon de Recherches agronomiques, produire une nouvelle culture ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir la vendre et la transformer. C'est là que l'innovation dans les chaînes de valeur prend tout son sens.
Variétés et pratiques agronomiques, volumes disponibles, collecte et stockage, attentes des transformateurs, investissements industriels et débouchés commerciaux doivent être pensés ensemble.
Sans oublier une question essentielle : comment répartir la valeur et les risques entre les différents acteurs de la filière ?
Diversifier ne signifie donc pas simplement remplacer une culture par une autre, mais construire un ensemble de productions à la fois résilient sur le plan agronomique et robuste économiquement.
Une innovation agricole ne devient réellement une innovation économique que lorsqu'elle trouve sa place dans une chaîne de valeur.
Après l'urgence : innover ensemble
L'été 2026 doit rester autre chose qu'un mauvais souvenir climatique. Il révèle les vulnérabilités de notre système alimentaire. À nous d'en tirer les enseignements pour préparer la suite.
Innover ensemble, c'est réunir agriculteurs, transformateurs, chercheurs, équipementiers, spécialistes de l'énergie et distributeurs autour de défis communs.
L'innovation peut être technologique, mais aussi agronomique, énergétique, organisationnelle ou économique.
Face à des défis aussi interdépendants, il ne s'agit plus seulement de rendre chaque maillon plus résilient, mais de permettre à toute la chaîne de valeur de s'adapter et d'innover ensemble.
C'est précisément la réflexion que Wagralim souhaite encourager : dépasser les réponses individuelles pour construire des solutions collectives, capables de renforcer durablement la résilience et la compétitivité de notre système alimentaire.
Des questions ? Contactez notre équipe à l'adresse suivante : info@wagralim.be
Sources
Référence scientifique Wang Q., Qi F., Yan G., Liu Y., Yang X., Wang C. & Shi Z. (2026), Rooftop photovoltaic systems can mitigate dairy barn heat stress by suppressing roof heat flux: a temporal analysis, Biosystems Engineering, 266, 104470. DOI : 10.1016/j.biosystemseng.2026.104470.