Cosucra, Iscal, Bioflore et PMSweet témoignent de leur certification B CORP

27 mars 2025


Avec 106 entreprises certifiées en Belgique en mars 2025, la certification B Corp connaît une croissance impressionnante. Elles n’étaient que 17 en 2020. Aujourd’hui, près de 22 d’entre elles sont issues du secteur alimentaire et 24 sont basées en Wallonie. Cette certification suscite un intérêt croissant, notamment en raison de sa rigueur et de son approche globale de la durabilité.

A l’occasion du B CORP MONTH, Wagralim a organisé un MemberTALK réunissant plusieurs entreprises wallonnes certifiées B Corp. Objectif : permettre aux participants de découvrir, à travers des témoignages concrets, ce que signifie réellement un tel engagement. Bioflore, Iscal et Cosucra ont partagé leur expérience, sans filtre. PM Sweet s’est également prêté au jeu en différé. Retour sur leurs témoignages !

Une démarche d’amélioration continue 

Pour Philippe Nadobny, fondateur de Bioflore, se lancer dans la certification B Corp n’était pas une fin en soi, mais un levier de transformation : « Je ne me suis pas lancé pour obtenir une certification, mais pour mettre l’entreprise en mouvement. C’était pour nous, pour être meilleurs. ». L’objectif ? Renforcer des engagements déjà existants en matière de gouvernance, d’environnement et de bien-être des parties prenantes.

Même philosophie chez Cosucra. Delphine Bottequin explique « On avait déjà pris des engagements RSE en 2021, mais on voulait un référentiel exigeant pour se mesurer. B Corp nous pousse plus loin dans notre réflexion. » Le choix s’est fait après un benchmarking de plusieurs labels (dont Ecovadis), avec la volonté d’opter pour un cadre structurant et exigeant.


Une aventure collective

Si la certification peut sembler abstraite, sa mise en œuvre est, elle, très concrète. Chez Cosucra, ce sont pas moins de six groupes de travail qui ont été mobilisés, avec une coordination centralisée et deadline fixée à six mois. « C’était un vrai projet d’entreprise, soutenu par le COMEX. Sans cet engagement, on n’aurait pas été aussi efficaces », insiste Alain Messens.

Chez Iscal, l’accompagnement par une société externe a été un vrai plus pour structurer le processus. Brieuc Vandeleene évoque un chantier de longue haleine : « On a commencé en 2021. L’objectif était de passer de 60 à 85 points. Il a fallu identifier les projets porteurs de sens. « On ne s’est pas limité aux quick wins, on a visé des actions transversales qui reflètent notre ADN ».

Chez PM Sweet, le parcours B Corp a également mobilisé des ressources internes, mais a surtout été structuré autour d’un accompagnement via le programme SCALE Up, coordonné par Wagralim. Ce programme a permis à l’entreprise de bénéficier d’un soutien externe et d’intégrer une consultante spécialisée, partiellement financée. « On a aussi collaboré avec des étudiants de l’Université de Liège spécialisés dans la durabilité. C’est une astuce précieuse pour les PME : les étudiants apportent des compétences pointues et, dans notre cas, Line Bonfond a ensuite rejoint notre équipe », témoigne Arnaud Watrin.


Des coûts à ne pas sous-estimer

Le coût de la certification varie selon la taille de l’entreprise et le chiffre d’affaire de l’entreprise. En plus des frais pour obtenir la certification, il y a les frais annuels qui varient entre 2.000€ et 50.000€. Pour Iscal, il s’élève à 10 000 € pour la certification initiale et 30 000 € par an pour l’utilisation du label.

Au-delà des frais directs liés à la certification, l’un des défis majeurs du parcours B Corp réside dans l’engagement en ressources humaines. Temps de coordination, mobilisation des équipes, collecte de données, gestion administrative… Ces éléments constituent souvent le cœur invisible de la démarche, mais aussi le plus lourd à porter.

Chez Cosucra, le projet a été structuré en six groupes de travail, chacun composé de deux personnes environ, issues de différents services. Un effort collectif important, mais bien réparti : « En créant des groupes thématiques et en fixant une deadline de six mois, on a réussi à diluer la charge dans l’organisation. Cela n’a pas été vécu comme un fardeau », explique Delphine Bottequin. Elle précise toutefois que cela implique une coordination forte : « J’ai moi-même consacré entre 30 et 40 % de mon temps au projet pendant six mois. »

Chez Bioflore, plus petite structure d’une quinzaine de personnes à l’époque, l’impact est encore plus direct : « J’ai porté le projet à 50 % de mon temps pendant plusieurs mois, ce qui représente à peu près un mi-temps. À notre échelle, c’est énorme. » Philippe Nadobny ajoute qu’il aurait souhaité mieux mobiliser l’équipe en amont : « J’ai mal évalué l’importance d’impliquer tout le monde dès le départ. Certaines personnes auraient pu apporter plus si on les avait embarquées plus tôt. »

Pour alléger la charge interne, plusieurs entreprises ont eu recours à des soutiens extérieurs, notamment via des stagiaires ou étudiants spécialisés : « Une étudiante qui avait déjà travaillé sur B Corp nous a beaucoup aidés à classer et structurer les documents. Elle a fait un travail remarquable et on continue à s’appuyer sur ses dossiers aujourd’hui encore », souligne Bioflore.

L’expérience de PM Sweet illustre bien cette recherche d’équilibre entre engagement interne et soutien externe : « La charge de travail n’est pas négligeable pour une PME. Avoir pu structurer notre démarche avec une consultante et des étudiants motivés a fait toute la différence. » Cette approche leur a permis de progresser sereinement, en capitalisant sur des ressources externes qualifiées tout en renforçant leur équipe à long terme.

Chez Iscal également l’implication interne reste centrale : « On a été accompagnés par un cabinet externe, mais les réunions internes, la collecte d’informations, l’identification des chantiers... tout ça repose sur des collaborateurs mobilisés. C’est un projet qui traverse l’entreprise. »

 

Et après la certification ? Faire vivre le label au quotidien

Obtenir la certification B Corp ne marque pas la fin d’un parcours, mais plutôt le début d’un engagement à long terme. Pour les entreprises interrogées, cette étape ouvre de nouvelles perspectives internes, externes et stratégiques.

1. Engager les collaborateurs

Chez Cosucra, l’obtention du label a été l’occasion de rassembler les équipes autour d’un événement festif et pédagogique : « On a organisé un atelier cuisine B Corp, avec une approche ludique, pour expliquer ce que cela représentait pour nous. »

Même constat chez Iscal, où la direction a cherché des moyens concrets de rendre le label visible et utile aux employés : « On a mis en place un système de leasing vélo pour les collaborateurs. C’est plus parlant qu’un code éthique pour des ouvriers de production », reconnaît Brieuc Vandeleene.

Ces actions concrètes permettent de donner du sens au label et de fédérer les équipes, même celles peu sensibilisées à la durabilité à la base.

2. Intégrer B Corp dans la stratégie

La certification influence aussi les axes de développement futurs. Bioflore a par exemple fait évoluer son plan d’innovation en y intégrant un critère de sourcing local des matières premières : « On a revu toute notre manière de concevoir les produits, en intégrant des enjeux sociaux et environnementaux très concrets. ».

Chez Iscal, une réflexion stratégique est en cours pour aller plus loin encore : « On travaille désormais sur des projets à impact, même s’ils ne nous rapportent pas de points dans le score B Corp. Ce qui compte, c’est d’incarner pleinement la philosophie “benefit for all”. »

Pour PM Sweet, l’après-certification a aussi été l’occasion d’ancrer des pratiques durables dans leur fonctionnement quotidien. « Ce parcours nous a permis de mesurer pour la première fois notre empreinte carbone, y compris celle de nos fournisseurs. Ça a été un vrai révélateur. » Cette démarche les a conduits à revoir leur sourcing, et notamment à changer de fournisseur de sucre pour s’orienter vers un acteur local et engagé : Iscal, également certifié B Corp. « Ce choix s’inscrit dans une logique de cohérence. Travailler avec un fournisseur B Corp renforce notre propre engagement et aligne nos valeurs tout au long de la chaîne. »

3. Rejoindre une communauté engagée

B Corp, c’est aussi une communauté internationale d’entreprises partageant les mêmes valeurs. Participer à ses événements est une manière de s’inspirer et de sortir de l’isolement : « On a rejoint les événements de la communauté B Corp Benelux. C’est rafraîchissant de rencontrer d’autres entreprises, de secteurs très différents, mais animées par les mêmes convictions », souligne Cosucra.

« On se ressource auprès d'autres structures qui partagent notre vision, cela redonne de l'énergie », renchérit Iscal.

4. Préparer la recertification (et aller plus loin)

La certification B Corp est valable trois ans. La recertification implique souvent une remise à plat des pratiques et une volonté d’aller plus loin.

« On ne veut pas seulement maintenir notre score, mais le faire progresser. Et surtout, faire émerger des projets transformants », explique Brieuc Vandeleene.

5. Communiquer (avec discernement)

Si la visibilité du label reste encore limitée, il peut être un différenciateur auprès de certains clients ou partenaires. Mais comme le rappelle Bioflore : « Nos clients particuliers ne connaissent pas B Corp. Et nos distributeurs bio savent déjà qu’on est engagé. Ce n’est pas un outil marketing pour nous, mais un levier de cohérence. »

8 conseils pour les entreprises désireuses de se lancer 


Impliquer la direction dès le départ

Un projet B Corp ne peut pas réussir sans le soutien explicite de la direction. Le rôle du COMEX est essentiel pour légitimer la démarche, libérer du temps aux équipes, et garantir un alignement stratégique.

« Si je n’avais pas eu le soutien du COMEX, on n’aurait jamais pu mobiliser les bonnes personnes en interne », affirme Delphine Bottequin (Cosucra).

Créez une dynamique collective

Ne pas porter le projet seul. Impliquez vos collègues, créez des groupes de travail, déléguez, responsabilisez. Cela permet non seulement de répartir la charge de travail, mais aussi de diffuser une culture de durabilité dans toute l’entreprise. 

« J’ai tout fait moi-même ou presque, et je ne le referais pas comme ça. Il faut créer une vraie dynamique d’équipe », reconnaît Philippe Nadobny (Bioflore).

S'organiser dès le début

Anticipez la structuration de vos documents et preuves. Centralisez les éléments par thématique (RH, achats, environnement...), nommez des responsables, et fixez un calendrier. Cette rigueur dès le départ vous fera gagner un temps précieux.

« On a classé toutes nos pièces justificatives dans des dossiers thématiques, ce qui a grandement facilité l’audit », témoigne Cosucra.

Prévoir du temps (beaucoup !)

Même pour les entreprises bien préparées, la démarche prend plus longtemps que prévu. Il faut compter 6 à 12 mois de préparation interne…

« On pensait être certifiés en un an, on en a mis deux », note Alain Messens (Cosucra).
« Soyez patients. Même pour une PME, c’est un chantier lourd », ajoute Brieuc Vandeleene (Iscal).

Participer à la communauté B CORP

Ne restez pas seul ! Participez à des événements, rejoignez des groupes RSE locaux, échangez avec des entreprises déjà certifiées.

« On s’est sentis seuls au début. Rejoindre la communauté Benelux est une vraie ressource pour la recertification », souligne Cosucra.
« Les échanges entre pairs, c’est ce qui m’a aidé à garder la motivation », confirme Philippe Nadobny.

Ne pas viser uniquement les points

Le score de 80 points minimum est nécessaire, mais ne doit pas être une obsession. Le label doit avant tout servir d’outil de transformation, pas de badge à collectionner.

« On prépare notre recertification avec des projets qui ne rapporteront peut-être aucun point, mais qui ont du sens pour nos parties prenantes », dit Iscal.

Choisir la certification qui vous correspond

B Corp n’est pas la seule option. Si vos clients exigent un reporting régulier ou une visibilité sur votre chaîne d’approvisionnement, Ecovadis peut être plus adapté. À l’inverse, B Corp offre une vision plus globale, plus exigeante, et une communauté engagée.

« Il faut réfléchir à ses objectifs, à ses clients, à ses ressources, et ne pas hésiter à comparer les référentiels », concluent les participants.

Se challenger avec d'autres candidats

PM Sweet a mis en place une dynamique originale en lançant ce défi en parallèle avec Nat’s Rawline, une entreprise voisine spécialisée dans la pâtisserie vegan. 

« Ça nous a permis de nous challenger mutuellement, de nous soutenir dans les moments de doute. On s’est encouragés tout au long du parcours"

Wagralim, à vos côtés dans votre démarche

Si Wagralim n’est pas impliqué dans la certification B Corp elle-même, le pôle peut toutefois accompagner les entreprises à différents niveaux de leur transition durable : innovation managériale, développement produit, stratégie marketing, économie circulaire, … ou encore mise en relation avec des partenaires ou consultants.

Vous êtes à la recherche de leviers pour structurer ou valoriser votre stratégie RSE ?

Contactez l’équipe Wagralim pour explorer ensemble les pistes d’innovation et de transformation adaptées à votre entreprise : info@wagralim.be