Se rendre au contenu

Biosolutions : structurer un écosystème pour transformer l’agriculture

Wagralim - 20 ans d'Innovation
16 mars 2026


Depuis 20 ans, Wagralim identifie, structure et accélère des secteurs clés pour renforcer la compétitivité agroalimentaire wallonne. 

Certaines filières se sont imposées progressivement ; d’autres ont émergé plus discrètement avant de révéler leur caractère stratégique. 

Les biosolutions font aujourd’hui partie de ces dynamiques devenues incontournables. 



Les biosolutions, un levier stratégique pour la Wallonie

Alternatives biologiques aux intrants chimiques conventionnels, les biosolutions s’inscrivent au cœur des enjeux actuels : transition agroécologique, souveraineté alimentaire, performance environnementale et résilience des systèmes agricoles.

Pour Emmanuel Vanzeveren, co-directeur de Wagralim, le positionnement du pôle dans ce domaine s’est imposé naturellement :


« Les biosolutions ne sont pas un effet de mode. Elles répondent à une transformation structurelle de l’agriculture européenne. Notre rôle est d’identifier ces mouvements de fond et de créer les conditions pour que la Wallonie puisse se positionner comme une région de référence. » 

Il y a quelques années encore, les entreprises actives dans le biocontrôle, les biostimulants ou les solutions microbiologiques évoluaient de manière relativement isolée. Plusieurs d’entre elles ont interpellé Wagralim sur un constat partagé : un potentiel scientifique réel, mais un manque de visibilité collective et d’accompagnement structurant, notamment à l’international. 

« Nous avons rapidement compris qu’il ne s’agissait pas seulement d’accompagner des entreprises individuellement, mais de structurer un secteur », explique Yuan Chai, responsable du groupe AgriBioCare chez Wagralim. « Face à des marchés globaux et à des cadres réglementaires complexes, la force collective devient déterminante. » 

C’est dans ce contexte qu’est née la dynamique AgriBioCare, aujourd’hui portée par un nombre croissant d’acteurs wallons. 

Parmi eux figure Agricells, entreprise spécialisée dans les biostimulants et le biocontrôle. Fondée en 2020, la société développe des solutions à base de micro-organismes et d’autres types de produits biologiques destinées notamment à l’enrobage de semences ou à l’application au champ, aujourd’hui commercialisées dans plusieurs pays d’Europe, d’Afrique et aux États-Unis. 

👁️‍🗨️Lire + : Lien vers article Agricells

Pour son Co-fondateur Vincent Vandamme, l’essor de ces technologies correspond à une évolution de fond comparable à celle qu’a connue l’industrie pharmaceutique il y a quelques décennies :

« L’agriculture est encore très chimique aujourd’hui. Mais comme la pharmacie il y a trente ans, elle évolue progressivement vers des solutions biologiques plus durables. »

Structurer un secteur émergent : des leviers concrets

Pour transformer un potentiel scientifique en véritable filière économique, l’approche ne peut être fragmentée. Wagralim a donc activé plusieurs leviers complémentaires pour soutenir durablement le développement des biosolutions en Wallonie.

 

Fédérer les acteurs : la dynamique AgriBioCare

Première étape : créer un collectif

À la suite des premiers échanges avec les entreprises du secteur, Wagralim, en coordination avec l’AWEX, a lancé un workshop exploratoire qui a rapidement confirmé un besoin central : connecter les acteurs entre eux et structurer une visibilité commune.

« La dynamique AgriBioCare s’est progressivement construite sur cette base. Par effet de réseau et via les actions de communication du pôle, de plus en plus d’entreprises ont rejoint le mouvement », explique Yuan Chai.

Pour Arnold de Maere, CEO de Minagro, cette logique d’écosystème est essentielle dans un secteur caractérisé par des cycles d’innovation longs et une forte intensité scientifique.

Minagro développe des ingrédients destinés aux formulations agrochimiques, notamment des coformulants plus durables pour les pesticides et fertilisants, afin d’améliorer la performance et la durabilité des produits agricoles.

👁️‍🗨️Lire + : Lien vers article Minagro

« Une start-up en AgriTech ne naît jamais dans un garage. Elle s’appuie sur des années de recherche, des universités et des infrastructures scientifiques. Structurer cet écosystème est essentiel pour accélérer l’innovation » explique Arnold de Maere

Cette approche collective répond aussi à la complexité du secteur. Les entreprises doivent composer avec des cycles de développement très longs, liés notamment aux exigences réglementaires et aux essais agronomiques saisonniers.

« Dans ces conditions, travailler en réseau et partager les expériences devient essentiel », souligne Arnold De Maere

Chez Agricells, cette dynamique collective est également perçue comme un levier majeur :

 « Wagralim rassemble des entrepreneurs confrontés aux mêmes défis. Ce networking crée une vraie dynamique et permet de développer des projets que nous n’aurions pas forcément menés seuls. » mentionne Vincent Vandamme.

👁️‍🗨️Lire + : En savoir + sur AgriBioCare : AGRIBIOCARE – Wagralim


 Une dynamique qui s’étend à l’échelle européenne

Cette structuration du secteur ne s’arrête pas aux frontières régionales. Wagralim joue également un rôle moteur dans le développement d’une dynamique européenne autour des biosolutions. En 2025, le pôle a ainsi coordonné le lancement du partenariat thématique « Biosolutions pour une agriculture durable », officiellement présenté à

Bruxelles lors de la conférence européenne des Stratégies de spécialisation intelligente (S3). Ce réseau rassemble une dizaine de clusters d’innovation issus de plusieurs pays européens afin d’accélérer le développement et le déploiement de biostimulants, biocontrôle et biofertilisants.

Pour Yuan Chai, Wagralim, cette initiative marque une étape importante dans la structuration du secteur à l’échelle continentale : 

« Les biosolutions sont un enjeu européen. En connectant les écosystèmes d’innovation de plusieurs régions, nous créons de nouvelles opportunités de collaboration, de projets et d’investissements pour accélérer leur développement. »

L’objectif est clair : renforcer les collaborations interrégionales, favoriser l’émergence de projets communs et positionner les biosolutions comme un levier stratégique pour la transition agroécologique en Europe.

👁️‍🗨️Lire + : Lancement d'un réseau européen Biosolutions


Accélérer l’internationalisation

Dans un marché dominé par de grands groupes internationaux, la projection à l’export constitue un enjeu stratégique.

Avec l’AWEX, Wagralim coordonne des participations collectives à plusieurs événements majeurs du secteur comme ABIM (Biocontrol Industry Meeting), World Agri-Tech Innovation Summit à Londres, Mission princière au Brésil, Missions d’exploration en Amérique du Nord, …

Pour les entreprises, ces initiatives permettent de gagner en visibilité et d’accéder à de nouveaux marchés. Elles répondent aussi à une réalité structurelle du secteur : la réglementation européenne reste l’une des plus exigeantes au monde.

Selon Vincent Vandamme, le contraste est particulièrement frappant dans le domaine du biocontrôle : 

« En Europe, enregistrer un produit peut coûter jusqu’à dix millions d’euros et prendre huit ans. Au Brésil, la même procédure prend deux ans et demi et coûte environ 500 000 euros. »

Dans ce contexte, de nombreuses entreprises adoptent une stratégie internationale pour accélérer leur développement.

👁️‍🗨️Lire + : Retour sur le salon ABIM orienté biocontrôle et les constats du Pôle


Le défi réglementaire

Si l’innovation scientifique est au cœur des biosolutions, leur développement reste fortement conditionné par les cadres réglementaires.

Pour Sébastien Dumont de Chassart, dirigeant de Redebel Regulatory Affairs (RRA), la dimension réglementaire doit être intégrée dès les premières étapes des projets.

RRA accompagne les entreprises dans les procédures liées à la protection des plantes, aux biocides et à la réglementation REACH.

« Anticiper le réglementaire dès le départ peut faire la différence entre un projet qui aboutit… et un projet qui s’arrête. Dans la pratique, de nombreuses entreprises investissent massivement dans des études scientifiques (laboratoires, essais,…) sans que les données produites soient toujours exploitables pour un dossier d’homologation."

Pour éviter ces situations, les experts de RRA réalisent des analyses stratégiques (« data gap analysis ») permettant d’identifier précisément les études nécessaires pour la soumission d’un dossier complet en vue de l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché.

Mais au-delà de ces enjeux techniques, les acteurs du secteur soulignent également la nécessité d’adapter les cadres réglementaires aux spécificités des biosolutions.

Aujourd’hui, ces produits doivent souvent répondre aux mêmes exigences que les pesticides chimiques traditionnels, malgré des modes d’action très différents.

👁️‍🗨️Lire + : article RRA (lien)


Porter le secteur au niveau politique

La compétitivité du secteur dépend aussi des orientations politiques et réglementaires.

Wagralim a organisé plusieurs rencontres avec des responsables politiques régionaux et européens afin d’inscrire les biosolutions dans l’agenda stratégique régional.

Ces échanges permettent notamment de faire remonter les réalités du terrain : cycles d’innovation longs, besoins d’investissement importants et complexité des cadres réglementaires.

Pour les entreprises, cette capacité de dialogue avec les institutions constitue un levier essentiel pour accompagner l’évolution du secteur.


Soutenir l’innovation collaborative

Le développement des biosolutions repose sur une base scientifique solide.

La Wallonie bénéficie à cet égard d’un écosystème de recherche reconnu, notamment avec Gembloux Agro-Bio Tech et le CRA-W.

Wagralim accompagne les entreprises dans le montage de projets collaboratifs de recherche et d’innovation.

Parmi eux, le projet Seed2Seed, qui réunit plusieurs acteurs du secteur, dont Minagro et Agricells, afin d’accélérer le développement de nouvelles solutions de biostimulation.

Ces projets permettent de relier recherche fondamentale, validation agronomique et industrialisation.

👁️‍🗨️Lire + : Seed2Seed, valorisation de coproduits agricoles en biostimulants


Attirer les talents et renforcer les compétences

Un secteur en croissance nécessite également de nouvelles compétences.

La Spring School 2026, organisée en collaboration avec l’IIS DigiBiocontrol, place les biosolutions au cœur de sa deuxième édition, renforçant la visibilité internationale du savoir-faire wallon.

👁️‍🗨️Lire + : International Spring School -Biosolutions pour une agriculture durable

Une journée métiers organisée en 2025 a par ailleurs rassemblé plus de 120 participants, avec l’objectif de sensibiliser la nouvelle génération à un secteur encore émergent mais porteur d’opportunités. Fort de son succès, cette rencontre sera renouvelée en mai 2026.

👁️‍🗨️Lire + : : Biosolutions : journée de rencontre entreprises et talents !


Le projet Agri-Biotech Park : cristalliser un écosystème pour accélérer l’agribiotech en Wallonie

Le projet d’Agri-Biotech Park ne se limite pas à la création d’un nouveau site d’implantation pour les entreprises. Son ambition est plus large : favoriser la cristallisation d’un véritable écosystème d’innovation capable d’accélérer le développement de la filière agri-biotech en Wallonie.

L’idée est de rassembler en un même lieu un noyau d’entreprises, de start-ups, de centres de recherche, d’universités et d’acteurs afin de favoriser les interactions et les collaborations. En concentrant ces compétences et ces expertises, le parc vise à faire émerger une masse critique capable de stimuler l’innovation, d’accélérer l’industrialisation des biosolutions et de soutenir la croissance des entreprises du secteur.

Comme le résume Philippe Gerkens, en charge du projet chez Wagralim : « L’Agri-Biotech Park doit devenir un lieu de convergence pour l’agribiotech wallonne, où chercheurs, start-ups, entreprises et offreurs de solutions pourront travailler ensemble afin de transformer plus rapidement l’innovation scientifique en solutions concrètes pour l’agriculture. »

Pour Vincent Vandamme, co-fondateur d’Agricells et co-initiateur du projet Agri-Biotech Park, ce type d’initiative pourrait jouer un rôle structurant pour l’ensemble de l’écosystème : 

« Un parc dédié à l’agribiotech permettrait de rassembler autour d’un même projet les compétences scientifiques et industrielles mais également les investisseurs privés et publics. C’est une étape importante pour accélérer le développement et la visibilité du secteur. C’est un projet ambitieux et qui doit s’inscrire dans la durée »

Une dynamique appelée à s’amplifier

À l’heure où les attentes sociétales, les impératifs climatiques et les évolutions réglementaires redessinent les modèles agricoles, les biosolutions apparaissent comme un levier stratégique pour l’avenir de l’agriculture européenne.

Pour Wagralim, l’enjeu dépasse la simple émergence de nouvelles technologies : il s’agit de structurer une véritable filière économique, capable de transformer un potentiel scientifique en solutions concrètes pour l’agriculture.

« Ce que nous construisons aujourd’hui dans les biosolutions s’inscrit dans une trajectoire longue. Notre ambition est que, dans dix ans, la Wallonie soit identifiée comme un acteur incontournable en Europe dans ce domaine. 

Structurer maintenant, c’est garantir la compétitivité de demain », 

conclut Emmanuel Vanzeveren, co-directeur Wagralim.

En combinant structuration collective, internationalisation, plaidoyer réglementaire, soutien à l’innovation, développement des compétences et infrastructures dédiées, Wagralim active ainsi l’ensemble des leviers nécessaires pour transformer un potentiel scientifique en filière économique stratégique.

Retrouvez les témoignages complets 

  • Arnold de Maere, MINAGRO
  • Vincent Vandamme, AGRICELLS
  • Sébastien Dumont de Chassart, RRA
Partager cet article